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1- L'AVANT STONES

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Il est plutôt petit de taille mais ses traits réguliers, ses beaux cheveux blonds et son énergie inépuisable en font un garçon très attirant. En classe il était bon élève et montrait une intelligence vive. Par ailleurs sa mère musicienne lui enseigne le piano et il se montre précocement doué pour la musique. Dans l'angleterre de l'après guerre, certes compassée et engluée dans ses regrets d'Empire, mais qui offre des perspectives aux jeunes ambitieux, son avenir semble tout tracé: Oxford puis la finance, l'industrie ou le professorat. Le destin en décida autrement...

Papa à 16 ans

Comme s’il n’avait pas assez de problèmes comme cela, le démon de minuit s’éveille assez précocement chez lui. Il flirte avec les jeunes filles de la Girl’s Grammar School, attenante à son collège. En 1958, sa petite amie Valérie, 14 ans, tombe enceinte. C’est le scandale, toute la ville en parle, jusque dans les journaux locaux. Résultat, ses parents l’envoient en Allemagne pendant deux semaines, le temps que les choses se calment. Brian parle d’avortement, Valérie refuse, accouche et confie son bébé à l’assistance publique. Il sera adopté plus tard. A son retour, Brian est rejeté de tous. Ses camarades, ses voisins refusent d’être vus ou associés à lui. A la maison, la situation est intenable. Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, rêvant de devenir un musicien professionnel, ou s’amuse avec son jouet favori: un bus en cerisier, avec des lumières clignotantes, que son père lui avait offert dans une autre vie. Il obtient quand même deux A-levels (le bac, chimie, physique). En juin 1959, il quitte le foyer familial avec un peu d’argent en poche, quelques vêtements et sa précieuse guitare. Il voyage à travers l’Allemagne et la Scandinavie en stop. Il chante dans les bars, rencontre d’autres musiciens et… de jeunes suédoises. En novembre, sans un sou, il décide de rentrer. A sa grande surprise, en l’espace de six mois, beaucoup de choses ont changé à Cheltenham. De nombreux coffee-bars ont ouvert en ville: le Patio, l’Aztec, l’El Fam et le plus populaire d’entre eux, le Barbecue-Waikiki à Queen’s Circus. Ces établissements sont fréquentés par les jeunes de la ville mais aussi par des artistes avant-gardistes et des musiciens. Brian y passe le plus clair de son temps, parlant musique et observant les jupes qui passent par là. Il fréquente également les parties organisées au Filby’s où tous les jazz-bands gravitent après leur concert. Il continue de faire des ravages parmi la gente féminine. Vivant aux crochets de ses parents depuis son retour, les rapports familiaux sont très tendus. Avant Noël, la pression familiale devenant trop forte, Brian trouve un emploi de charbonnier. Cela ne dure que trois jours.

La révélation R’n’B

Début 1960, il joue avec un groupe de jazz local, le Cheltone Six. Il gagne quelques livres qu’il dépense aussitôt avec les filles dans les soirées du Filby’s. C’est alors qu’il rencontre Pat Andrews à l’Aztec. Il entretient une relation suivie avec elle. Pat a 15 ans, lui 18. Il lie également une solide amitié avec John Appleby. De dix ans son aîné, John est comme un second père pour Brian. Il trouve la chaleur de la camaraderie père/fils dont il a tant besoin. Les petits boulots continuent: ouvrier en usine, vendeur, etc. Il n’arrive pas à garder un emploi permanent. La situation s’aggrave chez les Jones. Brian va vivre chez la sœur de Pat et son mari Bernie Taylor (ça ne s’invente pas non plus !?!). Neuf mois plus tard il se fait jeter car il ne paie plus son loyer. Il emménage alors dans un appartement avec Graham Ride (saxophoniste alto). Ce dernier lui fait découvrir une nouvelle musique, le rythm’n’blues. Brian est dans son élément. Il passe des journées entières à écouter Muddy Waters, Bo Diddley, Jimmy Reed, Howlin’ Wolf et Elmore James. Puis début 1961, il déménage pour s’installer au 73 Pistbury road, avec Dick Hattrell. Les deux jeunes gens y partagent leur passion pour le rythm’n’blues. Brian quitte les Chelton Six pour former les Ramrods (groupe de rock’n’roll instrumental). Il travaille alors comme assistant au département de l’architecture du Conseil du Comté de Gloucester. C’est alors qu’Alexis Korner vient jouer au Cheltenham Town Hall. Au Patio Wine Bar, après le concert, Brian rencontre son héros. Il ramène Pat à la maison puis repart pour le bar avec sa guitare et joue avec Alexis. Ce dernier, séduit par le talent de Jones, l’invite à Londres. Dès lors, Brian et Dick partent chaque week-end pour l’appartement d’Alexis Korner dans Moscow road. Ils passent leur temps dans les clubs et les pubs à regarder, écouter mais aussi à accompagner le fondateur du British Blues. A jouer ainsi toute la nuit, Brian ne peut pas toujours rentrer à Cheltenham le dimanche soir pour être présent au travail le lundi matin. Il se fait donc virer une nouvelle fois. Grace à Appleby, ami de la famille, il trouve une place de conducteur de bus (double-decker). Il conduit tôt le matin, pratique la guitare en écoutant ses disques l’après midi et joue la nuit dans les clubs avec différents groupes dont les Ramrods, devenus le groupe local n° 1. Il tient pendant six mois puis se fait de nouveau virer. Pendant l’été 1961, Pat lui apprend qu’elle est enceinte depuis déjà plusieurs mois. Il décide alors de reprendre ses études à l’école d’architecture de Cheltenham. Fort de ses O-levels et de ses A-levels en chimie et physique, il obtient une place pour la rentrée. En apprenant la nouvelle, Bernie Taylor son "beau-frère", va voir Mr Abbot, le principal de l’école pour lui apprendre ce que Brian a fait ces deux dernières années, qu'il vivait de petits boulots, musicien la nuit, etc. Mr Abbot revient sur sa décision dès le lendemain. Le 21 octobre 1961, Brian est père d’un petit garçon, nommé Julian Mark en l’honneur de Julian "Cannonball" Adderley (saxophoniste de jazz, son idole). Devant ses nouvelles responsabilités, Brian trouve un emploi de vendeur dans un magasin de disques. Il s’attire vite des problèmes lorsque son patron le voit inviter régulièrement des amis pour leur faire écouter des disques de rythm’n’blues fraîchement reçus au lieu de s’occuper des clients. Fin 1961, après des jours de discussion avec Pat, Brian décide de partir pour Londres, mais cette fois pour de bon. Pat viendra le week-end de temps en temps, ils s’écriront régulièrement et il lui enverra de l’argent chaque fois qu’il pourra… Arrivé à Londres, il lui faut trouver un travail, n’importe lequel afin de payer le loyer d’une chambre. L’idée d’imaginer leur fils vagabondant dans les rues de Londres est insupportable aux parents de Brian. Son père se rend dans la capitale avec quelques idées de carrière pour son fils. N’ayant pas encore trouvé d’emploi et devant l’anxiété de son père, Brian accepte de rentrer au London College of Applied Optics. Il le regrette très vite car il sait qu’il va encore décevoir ses parents. En effet, peu de temps après, ne supportant plus les cours, il abandonne. Il joue dans les pubs du voisinage tous les soirs, quitte les chambres qu’il ne peut plus payer discrètement durant la nuit. Il traîne de bars en clubs à la recherche de musiciens potentiels pour former un groupe. Il allait régulièrement en banlieue à Guildford au Wooden Bridge Hotel pour jammer avec les Rhode Island Red and the Roosters, groupe au sein duquel joue un médiocre guitariste très timide… Eric Clapton. C’est à cette époque qu’il rencontre Paul Pond, chanteur (futur fondateur de Manfred Mann), qu’il accompagne régulièrement.

SARL de blues

Pendant ce temps, Alexis Korner et Cyril Davies forment un nouveau groupe de R’n’B, le Blues Incorporated, premier blues band blanc. Le 17 mars 1962, le jour de la Saint Patrick, Alexis Korner et le Blues Incorporated jouent pour la première fois dans leur nouveau club, le G-Club à Ealing Broadway Station. Deux jeunes banlieusards de Dartford assistent à ce concert et lui donnent une cassette de leur groupe, Little Boy Blue And The Blue Boys, pour connaître son avis et recevoir ses conseils. Blues Incorporated n’ayant pas de chanteur permanent, il invite chaque samedi des volontaires à se joindre à eux. Deux semaines plus tard, Mick Jagger monte sur scène et chante en public pour la première fois. Il revient régulièrement et chante occasionnellement avec le Blues Incorporated. Brian joue également parfois avec le groupe et accompagne Mick sans réellement le connaître. Un peu plus tard, il fait écouter à Alexis Korner une cassette enregistrée avec Paul Bond. Très impressionné, il l’engage pour jouer au G-Club. Le 7 avril 1962, Brian et Paul Pond font leur premier concert. Brian a une nouvelle Gibson Crownwell acoustique. Ils attaquent par Dust My Blues d’Elmore James. Mick Jagger, Keith Richards et Dick Taylor sont dans la salle et sont sidérés. Keith s’écrie "C’est Elmore James !". Non Keith, c’est Elmo Lewis ! Après ce concert, les quatre jeunes gens font connaissance. Le lendemain, Paul Bond annonce son départ à Brian pour reprendre ses études à Oxford. Mais Brian ne renonce pas. Il met une annonce dans le journal de Soho dans la rubrique Jazz news pour une audition dans l’arrière salle du pub Bricklayers Arms, situé dans Berwick street, qu’il loue 5 shilling l’heure. Un pianiste écossais, Ian Stewart, passe l’audition avec succès, de même qu’un guitariste, Geoff Bradford.

Mais Brian a besoin d’un chanteur. Il pense à Mick Jagger qui accepte si Keith Richards fait partie du deal. Geoff, guitariste de blues pur et dur, voit l’arrivée de Keith, fou de rock’n’roll, d’un mauvais œil. Les rapports sont tellement agressifs entre les deux que Brian vire Bradford. Trois guitaristes, c’est trop. Et en gardant Keith, il garde Mick. Ils répètent au Bricklayer Arms Pub trois fois par semaine. Le groupe n’a pas encore de nom, ni de batteur mais Brian y travaille. Pat Andrews, se languissant de Brian, part précipitamment pour Londres en laissant un mot à ses parents. Elle arrive à Londres son fils sous le bras. Déjà sans un sou et vivant misérablement seul, Brian les accueille mais très vite, le jeune couple galère. Allant d’une chambre miteuse à une autre, ils zonent pendant deux mois, jusqu’au jour où ils sont obligés de laisser leur enfant à l’assistance publique qui le place temporairement dans une famille d’accueil. Pat trouve un petit boulot et Brian travaille au magasin du Civil Service. Ils habitent dans une chambre presque vide à Finchley Road. Brian ne dit pas un mot de ses galères au reste du groupe et il dirige les répétitions avec enthousiasme, comme si de rien n’était.

Et Brian créa les pierres…

Le Blues Incorporated, qui joue tous les les jeudis soirs au Marquee Club, se voit proposer un show à la B.B.C. pour l’émission "Light Programme’s Jazz Club" le jeudi 12 juillet 1962. Harold Pendleton, propriétaire du club, engage alors en remplacement sur les conseils d’Alexis Korner le groupe sans nom qui répète dans l’arrière salle du Bricklayer’s. Brian téléphone à Mick Avory pour jouer de la batterie et trouve un nom: The Rolling Stones. Stu n’aime pas du tout mais tout le monde s’en fout et laisse Brian choisir, c'est son groupe. Revenu plus tôt que prévu de la B.B.C., le batteur du Blues Inc. assiste à la première performance publique des six Rolling Stones. Charlie Watts, c’est de lui qu’il s’agit, est agréablement impressionné. Juillet est un bon mois pour Brian, le groupe joue régulièrement au G-Club, sa compagne et lui ont des emplois stables, Mark est revenu et arpente à quatre pattes le sol de leur petit appartement de Powis Square. Un appartement, trois bouches à nourrir, les répétitions à payer, très vite le jeune couple comprend qu’il n’a pas assez d’argent et galère à nouveau. Fin septembre, ne tenant plus, Pat repart pour Cheltenham, comme elle était venue, sans rien dire, ne laissant qu’un mot derrière elle. De nouveau, tout change autour de Brian. Il trouve un autre emploi, plus lucratif, au département électrique de Whiteleys à Bayswater où il se sert dans la caisse régulièrement. Il partage un nouvel appartement avec Mick et Keith à Edith Grove près de King’s road. Pris la main dans la caisse, il est aussitôt viré. Les trois jeunes gens se retrouvent sans ressource. C’est le temps des vaches maigres. Mick, toujours étudiant à la London School of Economics, touche une petite bourse et les deux autres passent leurs journées à traîner ici et là en cherchant (!) un boulot. Brian vole de la nourriture dans les épiceries, Keith récupère les bouteilles vides consignées. Mais surtout, en cet hiver 1962 qui commence, tous trois jouent et jouent sans fin des nuits durant, frigorifiés autour du petit poêle à mazout. Plus jamais Brian et Keith ne seront aussi proches. Brian applique son idée d’un groupe à deux guitares, ni soliste ni rythmique, qui s’entremêlent. Il veut une interaction entre sa Gibson Crownwell et l’Hoffner de Keith. Un groupe à deux guitares était une innovation, pour l’époque. Avec leurs maigres économies, ils enregistrent quelques chansons, à ce jour jamais sorties, au Curly Clayton Sound Studio: Close Together, Soon Forgotten et You Can’t Judge A Book By Looking At The Cover. L’acétate sous le bras, Brian le propose à diverses compagnies de disques et se fait jeter comme un malpropre. Les gens des maisons de disques les jugent sans aucun talent avec des idées courtes et des cheveux bien trop longs. C’est le test final. L’hiver est très rigoureux en cette année 1962. Les groupes annulent beaucoup de concerts ou jouent en comité restreint. Les tôliers doivent réduire leurs cachets. Dick Taylor abandonne et veut reprendre ses études au Royal College of Art de Londres et arrêter la basse. Brian passe une annonce dans le Melody Maker. William Georges Perks, dit Bill Wyman, gagne le job, surtout grâce à ses deux énormes amplis dont un Vox AC 30 pour guitare ! Mais le problème du batteur persiste. Les occasionnels se succèdent et se remplacent mutuellement. Tony Chapman, Mick Avory et Carlo Little sont les plus fréquemment "utilisés" au G-Club. Sur les conseils de Ginger Baker, Brian contacte Charlie Watts qui hésite longuement. John Mansfield, propriétaire du Ricky Tie Club à Windsor, les embauche en remplacement du Blues Incorporated sur les recommandations d’Alexis Korner. Nous sommes le 26 décembre 1962, la formation définitive des Rolling Stones donne son premier concert, raté, au Ricky Tie Club. Ils sont avec Charlie, qui teste le groupe, mais dès janvier 1963, ce dernier rejoint définitivement les Rolling Stones, après en avoir discuté avec Korner. Et ce début d’année s’annonce plutôt bien, sous l’impulsion d’un certain Giorgio Gomelski.

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